Franchisés, que penser du crowdfunding ? Par David Dumont

A l’heure où un nombre croissant de cadres voient en la franchise un moyen commode de conclure leur carrière professionnelle tout en constituant un patrimoine, l’accès au financement demeure complexe. Le montant disponible pour l’apport personnel reste limité tandis que les banques campent sur leurs exigences prudentielles.
Si en tel contexte le crowdfunding apparaît comme une alternative intéressante et prometteuse, il faut raison garder quant aux modalités et à la structuration du projet.

Un fortifiant pour l’apport personnel

Le crowdfunding existe sous plusieurs formes, chacune comportant ses avantages et ses inconvénients :

  • Le don contre contrepartie est une contribution quasi affective et généralement faible, créant ou renforçant le lien commercial entre participant et porteur de projet ;
  • Le prêt permet des participations plus significatives (jusqu’à 1 000€ par projet) et le prêteur connait à l’avance l’échéancier de remboursement et le taux pratiqué (bien plus attractif qu’un livret A, mais aussi plus risqué) ;
  • La prise de participation au capital permet des tickets plus importants encore, mais est assortie de contraintes liées notamment au versement des bénéfices et au rachat des parts - l’actionnaire investisseur souhaitant généralement un taux de rendement bien supérieur aux taux de croissance observés dans le commerce.

La franchise étant un business model à fort savoir-faire financé par un droit d’entrée, l’enjeu est d’apporter au porteur de projet un complément utile, pour lui éviter de trop grever son « chèque de départ » et sans non plus prétendre être un substitut à l’emprunt bancaire.

Des autres vertus du Crowdfunding pour le prêteur

1) Remettre du lien

Il est généralement reproché aux concepts en franchise d’être aseptisés, et implantés au forceps au cœur des villes voire des villages en remplacement de commerçants et d’artisans amoureux de leur métier. Le crowdfunding a pour vertu de recréer du lien social de par la dimension communautaire de ses projets, les réseaux sociaux et les plateformes spécialisées facilitant ces interactions et usages ;

2) Servir une cause noble

Aux Etats-Unis par exemple, le site sprigster.com propose un programme de crowdfunding appelé« Boost a hero »pour aider les vétérans de l’US Army à se reconvertir dans la création d’un « small business », dont la franchise (les gens sont aussi très endettés sur leur maison / hypothèque pour gager leur emprunt dessus) ;

3) Privilégier l’économie locale :

Contrairement aux Anglo-saxons, les Français sont davantage épargnants qu’investisseurs. Soutenir un franchisé de proximité dont on consomme éventuellement les produits leur paraîtra plus naturel et porteur de sens qu’investir dans la dernière pépite high-tech ;

4) Bénéficier d’une infrastructure aux vertus démultiplicatrices et probatoires

Avec la démocratisation des usages et la vitesse de propagation permise par les réseaux sociaux, la tentation est forte de passer de fan à sponsor, puis créditeur. En outre, si une campagne ne s’avère pas fructueuse, elle donne un bon indicateur du potentiel de clientèle pour le projet et permet d’éviter de s’engager davantage à tort par la suite ;

5) L’investor friendliness

La franchise est conçue pour générer du cash-flow rapidement, tout en limitant le plus gros de l’investissement à un apport initial. Les investisseurs limitent ainsi le risque de faire face aux complications de financement continu que rencontrent les entreprises classiques, ou de subir des résultats trop éloignés des prévisionnels ;

5) La sécurité

La franchise apporte un fort réducteur de risque : l’investisseur paie une formule ayant fait ses preuves, finance en quelque sorte davantage l’ « attesté » que l’ « erratique ». Cela rassure les « bons pères de famille »… comme les banquiers. Par ailleurs, on observe un renforcement de la réglementation en vigueur, justifiant le surcroît de vigilance dont font désormais preuve les enseignes pour réussir leurs recrutements.

Conclusion

Si le crowdfunding a vu le jour au service de porteurs de projets innovants et autres startups, il devrait rapidement gagner en popularité auprès des projets de franchise tant leurs caractéristiques intrinsèques rassureront les petits investisseurs en quête d’alternatives d’investissement. Pour autant, aucune plateforme de financement participatif ne s’est encore à ce jour spécialisée dans la franchise en France. Un marché à prendre…

L’auteur

Diplômé en Finance de l’Ecole d’Economie de Toulouse et d’un magistère d’économiste-statisticien, David Dumont est directeur général et co-fondateur de Particeep, solution permettant aux professionnels du financement et de l’accompagnement d’entreprises de créer leur propre plate-forme de financement. Précédemment, il a travaillé pendant six années au sein de la Division Corporate & Investment Banking de la Société Générale.

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