L’inventaire traditionnel transformé par l’essor de nouvelles technologies

Tour d’horizon des transformations visibles et des nouvelles techniques appliquées par les entreprises industrielles dans les inventaires.
Novembre 2019 - Un article co-écrit par Guillaume Offant, Auditeur Senior Industrie, et Marion Flora, Senior Manager Industrie chez Mazars.

L’industrie est aujourd’hui confrontée à des défis de transformation inédits. Davantage assujetties aux fluctuations des marchés mondiaux, les entreprises doivent faire évoluer leurs processus de production afin d’être plus agiles et plus réactives. Acteurs et observateurs de ces transformations chez nos clients, nous voyons de plus en plus d’entreprises piloter l’ensemble de leur chaine de valeur en intégrant des outils digitaux (objets intelligents et connectés, robotisation, automatisation des process, big data, intelligence artificielle, etc.) afin d’aligner leur production aux exigences et variations des marchés. L’inventaire de stocks est donc central car, au-delà de l’obligation légale, il permet de fournir à l’entreprise une vue d’ensemble de son activité et de sa santé économique. Revenons sur les facteurs qui poussent les entreprises industrielles à transformer leurs méthodes d’inventaire.

Évaluer son niveau de stock : un défi économique et humain

Connaitre de manière fiable et en temps réel le niveau de ses stocks est un impératif pour les industriels, mais il s’agit pour eux d’un double défi économique et social.

Économique, car une mauvaise appréciation de son niveau de stock est préjudiciable pour la performance de l’entreprise. En cas de surstockage, l’entreprise maintient un niveau d’articles trop élevé par rapport à sa production et ses livraisons clients. Il entraîne des coûts supplémentaires pour la société et également un risque d’obsolescence plus rapide des articles produits. Réciproquement, le sous-stockage représente aussi un risque à appréhender afin de ne pas être victime par exemple, et faute d’anticipation, d’un arrêt de toute une chaine de production dans l’attente d’un réapprovisionnement.

Trouver et mettre en place de nouvelles solutions d’inventaire est un premier pas pour répondre à ces défis et améliorer la justesse de l’état de ses stocks. Si les inventaires (inventaire tournant ou inventaire de fin d’année) permettent de fiabiliser le niveau des stocks de l’entreprise, ils posent de nombreuses difficultés tant opérationnelles qu’humaines.  Mener des inventaires « traditionnels » s’avère être long, contraignant (inventaires avec arrêt de la production pendant plusieurs jours, inventaires le week-end ou le soir), parfois difficile physiquement, dangereux ou risqué (stocks en hauteur accessibles à l’aide de nacelles, inventaires sur des produits dangereux, inventaires d’articles lourds, etc.). Il faut donc réaliser l’opération de comptage dans un temps limité, encadrer et former les équipes pour suivre le bon déroulement des opérations, et enfin analyser les résultats.

Pour pallier ces nombreuses difficultés, les industriels ont naturellement cherché à faire évoluer leurs méthodes d’inventaire pour optimiser leurs coûts, leur efficacité et leur performance. L’intégration de technologies de rupture (digitalisation, robotisation) dans le process d’inventaire est un de ces leviers.

Tour d’horizon des transformations visibles et des nouvelles techniques appliquées par les entreprises industrielles 

Le développement des objets connectés lié à une stratégie d’IoT (Internet of Things) offre de nombreuses opportunités pour les industriels. L’IoT désigne une infrastructure qui permet d’interconnecter des objets, physiques ou virtuels, à Internet afin de créer et transmettre des données précises en temps réel. Dans le cas de la logistique, les articles auparavant identifiés dans les entrepôts par des étiquettes imprimées (code barre) peuvent dorénavant être taggués par des puces RFID (Radio Frequency Identification).

L’exploitation de ces capteurs RFID optimise la traçabilité et permet de localiser de façon précise et immédiate les articles en stocks. Cette gestion en temps réel de l’état des stocks représente un gain de temps et d’efficience significatif durant les phases d’inventaire et facilite la transition vers l’inventaire permanent. De plus, cette technologie identifie instantanément les produits volés, perdus ou abîmés, permettant une gestion plus efficace des pièces à mettre au rebut. Enfin, en connaissant la localisation précise des articles en stock grâce aux RTLS (real-time locating system), les industriels peuvent optimiser leur logistique.

Michelin a par exemple investi en 2019, via sa filiale de capital risque Michelin Ventures, dans Primo1D, fournisseur de solutions RFID dans un fil textile. Cette technologie permet de nombreuses applications comme le suivi de la production ou l’inventaire en temps réel. Le fabricant de pneumatiques français a compris et anticipé les enjeux stratégiques de demain à intégrer dans son processus de production.

Ça plane dans les entrepôts

On l’a vu, l’inventaire représente des opérations et des tâches coûteuses pour les entreprises mais également humainement lourdes et risquées. Certaines sociétés françaises utilisent donc des drones ou des robots pour effectuer leurs inventaires. Cette nouvelle technologie révolutionne la logistique et permet d’effectuer des inventaires hors activité de production, le week-end, le soir ou même la nuit. Le drone ou le robot, équipé de caméras, est autonome et scanne les articles à inventorier en suivant son plan de vol ou son plan de route. La chaine logistique n’est donc plus perturbée ou stoppée par le temps des inventaires. Les drones permettent également d’inventorier plus rapidement et en toute sécurité les articles en hauteur sans déplacer les palettes ou utiliser une nacelle. A l’instar de ce qui est déjà mis en place chez certains industriels et au-delà du processus d’inventaire, il faut s’attendre à ce que le robot soit maintenant capable de préparer une commande ou transporter des colis de manière totalement autonome.

L’optimisation des inventaires grâce à ces nouvelles technologies améliore la qualité de l’état des stocks et dégage de nets gains de productivité. Le recours à l’exploitation du Big Data, sous l’influence des plateformes de e-commerce, permet d’optimiser la chaine de production de l’entreprise, de l’approvisionnement à la livraison en passant par la production, qui devient plus souple et réactive. L’imprimerie 3D, ou fabrication additive transforme encore davantage la chaîne de production, et son usage croissant impactera nécessairement la manière de procéder aux inventaires ainsi que les flux logistiques : la dématérialisation des stocks, la production sur demande et instantanée pouvant réduire directement le volume de stock, et donc diminuer la dépense liée à l’inventaire.  

Schneider Electric a d’ailleurs inauguré le 4 novembre 2019 la version digitalisée de son site logistique d’Evreux. A l’aide de solutions SAP et WMS (Wharehouse Management System), l’entreprise a optimisé sa chaîne logistique. En augmentant ses performances, l’entreprise peut mobiliser les opérationnels sur des tâches à plus haute valeur ajoutée. Par exemple, le jour de l’inauguration, l’entreprise a utilisé un drone automatisé Eyesee développé par Hardis pour établir l’inventaire des stocks et limiter le déplacement des inventoristes.  

La digitalisation des inventaires transforme la manière d’auditer

Ces nouvelles technologies de rupture vont transformer la manière d’effectuer l’audit des stocks. En effet, les normes applicables aux commissaires aux comptes imposent d’assister aux inventaires physiques lorsque les stocks sont significatifs. Or, la digitalisation et l’automatisation des processus d’inventaire via les technologies décrites précédemment sont en train de faire évoluer l’approche d’audit.

Les risques identifiés ne seront plus les mêmes et la collecte des éléments suffisants et appropriés afin d’obtenir une assurance raisonnable sur l’existence et l’état physique des stocks sera également différente. Dès lors, l’audit des stocks devra nécessairement incorporer une dimension digitale et informatique (contrôle du paramétrage du robot/drone effectuant l’inventaire, analyse des données des capteurs RFID ainsi que des droits d’accès et modifications effectuées dans le système, etc.).

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