Quel avenir pour les énergies renouvelables dans le mix énergétique du Royaume-Uni ?

Si les énergies renouvelables (EnR) ont un potentiel de développement avéré, le Brexit fragilise le cadre contractuel des échanges d’électricité entre le Royaume-Uni et l’Europe.
Novembre 2019 - Un article de Julien Henault, Manager Mazars

Vers un green Brexit?

Si les énergies renouvelables (EnR) ont un potentiel de développement avéré, le Brexit fragilise le cadre contractuel des échanges d’électricité entre le Royaume-Uni et l’Europe.Une vraie question se pose : quel impact aura le Brexit en termes de prix de l’électricité et de mécanismes de régulation sur l’interconnexion du Royaume-Uni avec le reste de l’Europe ?

Décryptons dans cet article les grands enjeux du développement des EnR dans le mix énergétique du Royaume-Uni.

Avec 33,3%* de la production électrique issue des énergies renouvelables (EnR), le Royaume-Uni est un des leaders mondiaux en la matière. Néanmoins, la 5ème puissance économique mondiale reste encore nettement dépendante des énergies fossiles, qui représentent 79,4% du mix d’énergies primaires. L’électricité représente quant à elle 19% de la consommation finale d’énergie. Si l’histoire de nos sociétés capitalistes nous enseigne que croissance économique et consommation en énergies fossiles sont étroitement liées et qu’entre PIB et CO2 il faille choisir ; la massification de la filière EnR au Royaume-Uni est un véritable challenge.

Le volontarisme politique du Royaume-Uni, un des leviers clés du développement des filières EnR, en particulier de l’éolien et du solaire

Dès 2008 avec le Climat Change Act, le parlement britannique s’engage vers une voie moins carbonée. La Clean Growth Strategy d’octobre 2017, ou encore plus récemment l’engagement Net Zero Emission by 2050 sont autant d’engagements forts du parlement britannique en faveur de la Transition Énergétique. Force est de constater que la mise en œuvre d’une trajectoire de taxes évolutives, ainsi qu’un cadre fiscal incitatif ont permis de donner des signaux positifs aux marchés. Signaux décisifs dans le développement de la filière EnR. Ce volontarisme politique s’est avant tout matérialisé par la mise en œuvre d’un mécanisme de soutien au développement des énergies renouvelables, communément appelé certificats d’obligations renouvelables. Ce mécanisme de tarifs d’achat garanti a permis de donner la visibilité nécessaire aux investisseurs pour amortir les investissements sur une longue période et engager un fort niveau d’investissement dans le développement des infrastructures d’énergies renouvelables.

Des technologies matures rendent compétitifs les projets de développement d’infrastructures EnR de type solaire et éolien

Le progrès technologique et l’engagement de la Chine dans la production à grande échelle ont eu raison du prix des infrastructures renouvelables. L’agence internationale des énergies renouvelables, souligne que les prix moyens globaux (i.e construction et exploitation des infrastructures) de l’éolien terrestre et du photovoltaïques ont diminué de 13% entre 2018 et 2017, 14% pour les bioénergies et 12% pour l’hydroélectricité de 12% entre 2017 et 2018. Sur les dix dernières années, les coûts ont diminué de plus de 80%. Ce progrès significatif de compétitivité prix, porté par la massification de la filière EnR à l’échelle du monde a nettement bénéficié au développement de la filière britannique avec comme technologie fer de lance, l’éolien off-shore. L’hydro-électricité qui demeure la première source d’énergie renouvelable du Royaume-Uni (71,6% de la production électrique en 2017* continue quant à elle, de se développer à un rythme beaucoup plus lent.

La progression des EnR passera par une transformation des usages en matière de transport et de chauffage du résidentiel britannique

Si le Royaume-Uni a été le berceau mondial de la révolution industrielle, c'est aujourd’hui le secteur des transports qui émet le plus de gaz à effet de serre (24,5%* des émissions de GES en 2017). Il sera difficile d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables sans repenser d’une part, la mobilité, notamment les voitures particulières ; et d’autre part, le chauffage des ménages historiquement orienté vers le gaz.

L’électrification massive du parc de véhicules britanniques permettra accroître la demande en électricité. La production devra nécessairement être compatible aux engagements pris en faveur du climat. Le développement des énergies renouvelables permettra alors de soutenir cette nouvelle forme de mobilité plus verte et moins bruyante. Soulignons également le rôle important du véhicule électrique en tant qu’unité de production en période de pointe. Le vehicule to grid (V2G) permettra en effet de réinjecter l'électricité stockée dans les batteries des véhicules électriques au sein du réseau électrique lors de leur stationnement. Bien que balbutiant, ce nouvel usage permettra de soutenir le développement de la flexibilité des réseaux électriques nécessaire à la progression des énergies renouvelables dans le mix énergétique britannique.

Électrifier le chauffage au gaz résidentiel (qui représente 30% de la consommation totale du gaz du Royaume-Uni*) sera également un levier important pour limiter les émissions de gaz à effet de serre et se matérialisera également nécessairement par un recours supplémentaire aux énergies renouvelables.

Le développement de solutions de flexibilité à grande échelle est la condition sine qua non pour maintenir la compétitivité de la filière

Vert, bon marché et sans coupure, ce triptyque résume à lui seul l’énergie trilemna qui structure la politique énergétique du Royaume-Uni. Développer des solutions de flexibilité décarbonées pour compenser les moments où les énergies renouvelables produisent moins est un facteur clé pour faire des EnR la première source de production électrique du Royaume-Uni. Pour garantir la compétitivité économique du système électrique et la continuité de service, il est important de souligner l’impulsion donnée par le régulateur du système électrique britannique, qui avant le Brexit, a fait évoluer le système de régulation pour soutenir l’émergence d’un système de flexibilité du réseau à grande échelle. En premier lieu, le déploiement d’un cadre contractuel pour interconnecter l’éolien offshore vers la terre ferme a permis de donner de la visibilité aux investisseurs sur la capacité à vendre cette production décentralisée. Egalement, la mise en œuvre d’un mécanisme contractuel (le cap and floor) pour favoriser l’émergence d’interconnexions entre le Royaume-Uni et l’Europe Continentale a été une avancée significative pour le déploiement d’une filière EnR. Ce modèle, de type PPP (Partenariat Public Privé) garanti un prix plancher et plafond pour apporter visibilité et stabilité sur les revenus générés. Il permet ainsi aux investisseurs de construire de nouvelles capacités d’interconnexions. Dans un contexte de sortie programmée du charbon, ces interconnexions sont la clé de voûte de la massification de la filière EnR. Ces nouveaux modes de régulations restent encore aujourd’hui un cas d’école au sein de l’Union-Européenne et témoignent du volontarisme du Royaume-Uni pour développer la filière EnR.

Le stockage, second levier de flexibilité n’a pas encore atteint le stade de la généralisation. Le coût de l’énergie stockée restant encore trop onéreux pour permettre le déploiement à grande échelle d’unité de stockage. D’ailleurs, des avancées technologiques majeures sont en cours en Chine, aux Etats-Unis ainsi qu’en Australie. Elles témoignent d’un potentiel de développement.

Il semble que l’avenir du mix énergétique britannique sera électrique et que les énergies renouvelables joueront un rôle important. Restent de nombreux défis liés au Brexit, mesurer et anticiper son impact sur les prix de l’électricité, ainsi que sur les interconnexions entre le Royaume Uni et le reste de l’Europe. Enfin, une dernière question se pose, au-delà du Brexit et dans un contexte de construction d’un mix-énergétique décarboné et d’indépendance énergétique. Quelle place peut occuper la filière du nouveau nucléaire pour garantir une base de production d’électricité non intermittente dans le mix-énergétique du Royaume-Uni ?

* Selon l'Agence Internationale de l’Energie

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