Le COVID-19 vu par les assureurs

Le 17 novembre 2019, le premier cas de CoViD-19 est déclaré en Chine. Depuis, le virus s’est propagé sur toute la planète, passant du stade de maladie émergente à celui de pandémie en quelques mois. Face à cette situation, des mesures de confinement et de distanciation sociale ont été mises en place dans de nombreux pays. Ces mesures ont déstabilisé l’économie mondiale, à tel point que le FMI prévoit la pire récession depuis la « Grande Dépression » des années 30. Dès lors, tous les secteurs, et notamment le secteur de l’assurance, risquent d’être concernés par les impacts économiques de cette pandémie.

Conséquences de la pandémie

Les conséquences de ce coronavirus sur l’activité d’assurance transparaissent dans les Rapports narratifs sur la Solvabilité et la Situation Financière (RSSF ou SFCR). En effet, le superviseur appelle les acteurs à considérer cette pandémie comme un « événement majeur » et préconise donc d’indiquer dans les informations publiées tout élément approprié concernant les effets du CoViD-19.

Nous avons étudié un panel de rapports produits par 14 mutuelles, entreprises d'assurances et de réassurance [1]. Les principaux instituts de prévoyance n’ayant pas publié leurs rapports à la date d’écriture de cet article, ils ne feront pas partie de notre analyse.

Nous constatons que la communication des assureurs sur les impacts du virus reste très qualitative (certains d’entre eux ne mentionnent pas le coronavirus dans leur rapport)[2]. De manière globale, les assureurs identifient les risques engendrés par le virus sur leur activité d’assurance et évoquent les premières mesures de gestion appliquées pour y faire face. Ces rapports ne présentent pas, à ce stade, d’analyses détaillées et quantifiées concernant les impacts de la pandémie.

Impact sur l'économie

Néanmoins, l’ensemble des acteurs s’accorde sur le fait que le coronavirus va avoir un impact majeur sur l’économie. La perturbation de la chaîne de production provoquée par le confinement, associée à un ralentissement de l’investissement, une baisse de confiance des acteurs économiques et une modification des comportements des consommateurs risquent de peser sur la croissance des Etats, voire d’entrainer des récessions (au 1er trimestre le PIB français a chuté de 6%).

Par ailleurs, l’augmentation de la volatilité des marchés et la chute des cours boursiers risquent de dégrader les bilans prudentiels des assureurs dans lesquels les actifs sont évalués en valeur de marché. Les principaux risques de marché identifiés concernent les actions, le change, et le crédit (défaut, changement de notation et spread).

Les chiffres journaliers viennent confirmer ces analyses : entre le 31/12/2019 et le 31/03/2020, le CAC 40 a perdu 27% (avec une variation maximale de 39% entre le 19/02 et le 18/03). Au 31/04, cette baisse se chiffre à 24%. En outre, certaines entreprises affectées par la crise pourraient voir leur note de qualité de crédit baisser.

Néanmoins, plusieurs acteurs semblent prêts à faire face à la crise. En effet, la détention d'instruments de couverture des risques liés aux actions ou au change, ou un stock important de provisions pour participation aux bénéfices peuvent fournir des marges de manœuvre aux assureurs. En outre, une majorité d’entre eux aborde cette crise avec des ratios de solvabilité importants.

Le virus entraîne également d'autres risques liés aux conséquences qu’il peut avoir sur les personnes infectées se traduisant par une surmortalité et une augmentation des arrêts de travail. De plus, il modifie le mode de travail des salariés au sein des entreprises. La mise en place du travail à distance pour une part significative d’entre eux engendre de nouveaux risques opérationnels. Par exemple, il peut s’agir : de l'impossibilité de supporter un grand nombre de connexions simultanées au VPN, d’erreurs de saisie, de rupture de la chaine de confidentialité ou encore de tentative de fraude (risque de cyberattaque).

Dans le panel de SFCR traité, nous n’avons pas constaté de communication sur les risques IARD de la part des assureurs concernés. Néanmoins, nous pouvons nous attendre à une baisse de sinistralité directement liée aux mesures de confinement sur certaines branches tels que la MRH (notamment pour les garanties vols et incendies) ou l’assurance Automobile (UFC Que Choisir estime à 92% la baisse des accidents corporels depuis le début du confinement[3]), ainsi qu’une hausse de sinistralité concernant les branches comme l’assurance annulation (à ce titre, Axa estime à plusieurs centaines de millions d'euros le coût du report des jeux olympiques de Tokyo[4]).

Enfin, la dernière incertitude relevée dans ces rapports concerne la réaction des gouvernements face à la crise. En effet, les Etats pourraient être tentés de faire davantage contribuer les assureurs aux efforts nationaux ou de les inciter à reverser une partie des primes d’assurances collectées sur les branches où la sinistralité a chuté.  Néanmoins, l’ACPR a appelé les assureurs à une gestion prudente de leurs fonds propres et ainsi à ne pas utiliser les moyens financiers dont ils disposent pour couvrir des événements qui sont explicitement exclus de leurs contrats[5] comme par exemple la garantie perte d’exploitation.

Bien que limitée en début de crise, la contribution des assureurs dépasserait désormais les 2,4 milliards d’euros [6]. Elle se matérialise au travers d’un fond de solidarité des TPE et des indépendants (à hauteur de 200 M€) ainsi que de mesures de soutien aux secteurs touchés par la crise : maintien des garanties pour les entreprises en difficulté en cas de retard de paiement, paiement des loyers différés pour les PME et TPE affectées par la pandémie, prise en charge des indemnités journalières des personnes fragiles placées en arrêt de travail selon la procédure dérogatoire de la sécurité sociale, …

Au-delà des risques, la crise du CoViD-19 a également un impact sur le cœur de l'activité des assureurs. À ce stade, nous constatons une faible communication à ce sujet. Pourtant, depuis le début de la crise, il semblerait que la tendance soit une baisse des primes collectées[7] et une augmentation des résiliations, des annulations de primes et des impayés. Il apparait dans les SFCR que des comités de surveillance ont été mis en place afin d’anticiper et de prévoir au mieux les risques que crée cette pandémie et leurs conséquences.

Conclusion

La communication des assureurs, bien qu’incomplète à ce stade, donne une vision globale des effets du coronavirus sur l’activité d’assurance. En outre, elle dévoile également les mesures mises en place pour y faire face, que ce soit pour permettre la continuité de l’activité ou pour quantifier son impact. Néanmoins, les incertitudes créées par cet événement ne permettent pas, aujourd’hui, d’estimer avec précision les conséquences de cette crise à la fois en termes de volume, de résultat, et de solvabilité pour le secteur de l’assurance.

[1] Axa IARD, Axa Vie, Allianz IARD, Allianz Vie, Générali Vie, Générali IARD, Pacifica, Prédicat, Aviva Assurance, Aviva Vie, CNP Assurance, BPCE Vie, MGEN, Harmonie mutuelle.

[2] BPCE Vie, MGEN, Harmonie mutuelle.

[3] L'AGEFI Quotidien (2020, 4 mai). La FFA exclut toute baisse des tarifs des assurances automobiles avant 2021.

[4] POULLENNEC, S. (2020, 6 mai). La crise pèse sur la solvabilité d'AXA. Les Echos, no. 23194.

[5] Communiqué de presse -ACPR- (2020, 21 avril). Les incertitudes sur l’ampleur des impacts de la crise imposent une gestion prudente des fonds propres des assureurs.

[6] BOUAZIZ, F. (2020, 15 avril). Les assureurs, solidaires à retardement. Libération.

[7] La fédération française de l’assurance estime à 2,2 milliards d’euros le niveau de décollecte des contrats d’assurance-vie pour le mois de mars.