L’ère post COVID-19 - Vers une flexi-proximité ?

Par Claire Gueydan-O’Quin, Associée, Julie Feferman & Stéphanie Hassid, consultantes - Conseil Immobilier | Mazars
Mis à jour le 17/04/2020

A l’heure où une pandémie frappe la totalité du pays, la France se retrouve face à une crise économique sans précédent. La population est majoritairement confinée et les habitudes des français, tant chez les consommateurs que chez les fournisseurs, sont totalement modifiées. Les acteurs sont impactés sur toute la chaine de valeur, du retail à la logistique.

Vers la « e-flexibilité » ? : la flexibilité, le remède du confinement du secteur retail

Contraint de rester à domicile depuis le 17 mars 2020, ce confinement a accéléré une tendance qui se dessinait déjà, celle de la fréquentation des commerces de proximité de première nécessité autorisés à ouvrir (commerces alimentaires, pharmacies, banques, stations-service, magasins de cigarette électronique, buralistes). Les consommateurs ont désormais noué un lien étroit avec le supermarché « du coin » et leur achat se dirige essentiellement vers les produits bio. Alors que seulement 12% de la population française consommaient quotidiennement des produits bio avant l’épidémie, ils connaissent une croissance de 93% des produits de grande consommation en France. Le COVID-19 a favorisé l’adoption des produits « naturels ».

Les entreprises ont ainsi été forcés de s’adapter et ces dernières font face à de nouvelles attentes des consommateurs à travers la mise en place d’offres adaptées à la crise sanitaire.

C’est ainsi que les startups se sont mobilisées massivement en leur mettant à disposition des outils, souvent gratuitement, afin de surmonter les conséquences économiques causées par la crise sanitaire ; une digitalisation du secteur du retail à marche forcée.  Des start-ups proposent la retranscription en temps réel des stocks sur une place de marché en ligne.

Assisterons-nous à la mise en place de marketplaces pour les commerces de proximité afin de leur permettre de continuer à générer du chiffre d’affaires en écoulant leurs stocks ? Les citadins seront-ils amenés à moins se déplacer, en favorisant les supermarchés de proximité ?

Le numérique est sans aucun doute un précieux et incontournable remède face à cette crise sanitaire. A l’inverse des commerces 100% digitalisés (Amazon, etc.), proposant des offres au niveau macro-économiques, cette nouvelle méthode de commercialisation pourrait être destinée à une population de proximité, un besoin micro. La capacité des commerces devra s’adapter au besoin du client, en suivant l’évolution des habitudes des consommateurs. Avec la mise en œuvre de cette stratégie, les conséquences économiques de la crise seront d’autant plus limitées ; mais encore faut-il que les commerçants soient suffisamment avancés dans la mise en place d’outils digitaux pour en tirer parti. Après le COVID-19 nous assisterons inévitablement à une longue tendance d’intégration des nouvelles technologies, ainsi qu’à son adaptation dans le quotidien des Français.

Vers une explosion du secteur de la logistique ? : l’extension et la proximité et des espaces de stockage

Indispensable pour subvenir aux besoins essentiels du pays pendant la crise, le secteur de la logistique représente à lui seul 10% du PIB national. Il a souffert d’être en flux tendu à la suite des annonces de confinement, en particulier lors de l’assaut massif des commerces alimentaires, les surfaces de stockage restant indéniablement les mêmes. Cependant, les approvisionnements ont souffert de délais de livraison nettement plus importants. La crise sanitaire nous obligera à nous interroger sur le besoin d’espaces de stockage : stop au flux tendu. Les entreprises se constitueront un stock de marchandises (sur place ou à proximité), tel que des denrées non périssables et nécessaires au quotidien des français afin de ne pas avoir à souffrir des mêmes maux si ce type d’évènement était amené à se reproduire.

Allons-nous vers un essor massif des entrepôts ? La croissance du e-commerce et la volonté des enseignes traditionnelles à développer l’omnicanal conduisent à augmenter les besoins en entrepôts. La logistique qui va découler de ces plateformes va induire une utilisation de plus en plus courante d’entrepôts de taille XXL.

Il en sera de même avec le développement des e-commerces qui sera combiné, sans aucun doute, à un accroissement des surfaces de stockage. Pour que la chaine de valeur puisse tenir, les nouveaux entrepôts de proximité devront être suffisamment conséquent pour contenir de grands volumes. Les commerces pourront alors mutualiser leur surface, le terme « coworking » de l’entrepôt sera la pierre angulaire de cette architecture.   Tout cela ne se fera pas sans passer par une modernisation et automatisation des process, autant de défis à relever pour la filière. Le marché de l’immobilier logistique ne connait pas et ne connaitra, a priori, pas la crise.

Face aux nouvelles problématiques post COVID-19, l’immobilier Retail et Logistique devra être totalement repensé. Cette évolution ne se fera pas sans de nouvelles méthodes et outils.

La période post Covid-19 annoncerait-elle une nouvelle ère pour le secteur immobilier ?