Crise du Covid-19 et activités assurantielles : quels impacts et contributions ?

Par Guillaume WADOUX, Associé et Thomas BONNEFOY, Auditeur financier Senior.

Alors qu’ils sont eux-mêmes touchés de plein fouet par la crise sanitaire et économique, les attentes du public sont fortes envers les assureurs, dont on espère qu’ils pourront aider à limiter les dégâts. L’Etat a en effet lancé un appel au soutien des assureurs dans la gestion des difficultés économiques : malgré les incertitudes, certains acteurs du secteur ont répondu favorablement à cette demande et se sont attelé à proposer des solutions. Quels sont véritablement les impacts de la crise du Covid-19 sur les assureurs ? Sont-ils tous touchés de manière homogène ? Les assureurs sont-ils vraiment en capacité de contribuer à « l’effort de guerre » et si oui dans quelle mesure ?

Les acteurs de l’assurance n’ont pas tous été impactés de la même manière

Les impacts de la COVID-19 pour les assureurs sont multiples et la sévérité dépend principalement de leur domaine d’activité. Les impacts sont significatifs au niveau du chiffre d’affaires, de la sinistralité, des résultats financiers et des ratios de solvabilité.

Sans surprise, les secteurs de l’assurance pertes d’exploitation, de l’assurance annulation, et de l’assurance-crédit vont connaître la plus forte hausse de la sinistralité sur cet exercice. La COFACE prévoit notamment une hausse de 15% des défaillances. L’assurance dommage et l’assurance santé voient par contre leur sinistralité diminuée au premier semestre 2020 du fait du confinement. A long terme, la récession annoncée pourrait avoir un impact baissier pour l’ensemble des activités des assureurs.

Du côté de l’assurance des pertes d’exploitation des professionnels,  les pertes  consécutives au confinement ne seraient pas indemnisées puisque la majorité des contrats ne couvrent pas le risque de pandémie du fait de l’absence de dommages matériels, bien que le sujet fasse polémique (d’autant plus que l’exposition est estimée à 60 Mds€). Toutefois, une part peu significative des contrats permettent la prise en charge de ces pertes d’exploitation en cas de fermeture administrative par suite d’un risque sanitaire. D’après le communiqué de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (“ACPR”), le régulateur des organismes d’assurance, 93,3% des contrats excluent l’assurance d’un événement type COVID-19, 2,6% des contrats couvrent explicitement ce risque, et 4,1% sont présentent des incertitudes. De nombreux assureurs ont communiqué sur leur estimation du montant des indemnisations au titre de cette garantie. A titre d’illustration, la Maaf prévoyait pour sa part une indemnisation à hauteur de 190 M€ au 20 avril pour 6000 restaurateurs-hôteliers.4 Des litiges sont en cours sur les polices présentant des incertitudes principalement.

L’assurance dommages des particuliers quant à elle est à ce stade épargnée par la crise sanitaire. Pour preuve, les assureurs automobiles, qui pèsent pour 10% du chiffre d’affaires du marché de l’assurance français2, n’ont pas vu leur chiffre d’affaires diminuer significativement compte tenu de l’obligation légale d’assurer son véhicule en France. De plus, la stricte limitation des déplacements durant la période de confinement a permis la chute de des accidents de la route de 80%3, entraînant une très forte baisse des sinistres. Logiquement, les autres garanties d’assurance dommage ont elles aussi vu leur sinistralité diminuer.

De son côté, l’assurance vie s’attend à une baisse de la collecte de l’ordre de 9%1 en 2020. Cette régression pourrait néanmoins être compensée pour partie par un rebond en 20211. Représentant 58% du chiffre d’affaires du marché de l’assurance français2, elle est sensible à la conjoncture financière, particulièrement à l’environnement de taux bas.

Pour ce qui est de l’assurance prévoyance collective, les impacts sont potentiellement importants. En effet, les professionnels du secteur doivent faire face à une augmentation des arrêts de travail, surtout pendant le confinement, dont certains ont été volontairement pris en charge pour les femmes enceintes et les personnes fragiles. Par ailleurs, les cotisations des branches les plus touchées ne seront pas entièrement collectées, soit par accord de branche spécifique soit par défaut de paiement. Les cotisations sont également réduites par le chômage partiel, alors que les garanties sont maintenues.

L’assurance santé, quant à elle, a naturellement vu une baisse importante des dépenses pendant le confinement. Un effet de rattrapage semble peu probable, compte tenu de la capacité réduite d’accueil du secteur médical du fait des mesures d’hygiène.  A plus long terme, on peut craindre un surcoût lié à l’aggravation des maladies non traitées pendant le confinement, ou le coût de la portabilité des droits en cas de licenciements massifs.

Par ailleurs, les impacts opérationnels (organisation du télétravail, activité partielle, etc.) sont communs à l’ensemble des acteurs du secteur. Dans la perspective d’une baisse significative de la rentabilité, nombreux sont les assureurs qui ont lancé pendant le confinement des plans de réduction des coûts par la diminution du recours à des prestataires externes ou encore la suspension des projets non critiques.

Enfin, les assureurs dans leur ensemble sont affectés sur un aspect peu visible du grand public et pourtant essentiel dans le pilotage de l’activité : la solvabilité. Les règles strictes et complexes de la réglementation Solvabilité 2 visent à garantir qu’un organisme d’assurance justifie de suffisamment de fonds propres pour garantir la continuité d’exploitation. Dans le contexte actuel, les assureurs subissent un effet ciseaux néfaste entre les sinistres à payer, la diminution des marges techniques futures et les conditions de marché volatiles.

Ce bilan contrasté doit être pris avec beaucoup de précaution dans la mesure où les effets long terme de la crise du COVID-19 sont loin d’être connus. Les branches les plus touchées sont des branches à déroulement assez long et il faudra du temps pour appréhender les effets complets d’une crise qui risque de s’installer durablement. Dans ce contexte, les assureurs ont fait des annonces pour le soutien à l’économie.

Les contributions des assureurs se multiplient malgré le manque de visibilité

Pour faire face à la crise, l’Etat a pris certaines mesures de soutien de l’économie : prêts garantis par l’état, prise en charge de l’activité partielle et des frais de santé liés au Covid-19. Par ailleurs, un plan de soutien spécifique aux secteurs les plus impactés (l’assurance-crédit en l’occurrence) est à l’étude.

Pour leur part, les assureurs ont contribué de diverses manières à la gestion de la crise sanitaire et économique.  Dès le 19 mars, la FFA (Fédération Française de l’Assurance) a annoncé le maintien des garanties pour les TPE/PME en difficultés en cas de retard de paiement au cours de la période de confinement. A cela s’ajoute une contribution des membres de la FFA à hauteur de 200 M€ au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement dès le 23 mars, réhaussée à 400 M€ le 15 avril.

Guillaume Borie, le Directeur général délégué d’AXA France, a annoncé que le secteur était prêt à mobiliser à hauteur de 2,5 Mds€ : 1,5 Mds€ pour les PME, 400 M€ pour les micro-entrepreneurs et les professions libérales ainsi que 500 M€ pour les clients. Dans cet esprit, AXA a remboursé deux mensualités de cotisations aux clients professionnels pour un montant estimé à 200 M€. De son côté, Groupama, pour soutenir le secteur de l‘agriculture, a également remboursé deux mensualités de cotisations aux agriculteurs pour une contribution estimée à 400 M€. Notons aussi que les entreprises et salariés adhérents aux régimes de prévoyance et de santé Hôtels-Cafés-Restaurants, sévèrement touchés par le confinement, assurés par Klesia, Malakoff Humanis, OCIRP et Audiens ont été exonérés de cotisations pour le second trimestre 2020.

Et les annonces se sont multipliées. D’autres sociétés d’assurance et mutuelles ont par exemple décidé de geler les tarifs de certaines garanties jusqu’en 2021, de faire bénéficier les chômeurs, infirmiers et médecins de réductions (MATMUT pour un coût estimé à 50 M€), de rembourser les sociétaires en cas de forte baisse de la sinistralité (MAIF pour un montant estimé de 100 M€), de maintenir des garanties santé et prévoyance pour les salariés en situation de chômage partiel, de reporter des cotisations ou encore de supprimer le délai de carence en cas de contraction du virus (PROBTP, pour un coût estimé à 110 M€), de ne pas recourir à l’activité partielle pour participer à l’effort national, alors que l’option leur était proposée.

Pour l’heure, l'incertitude inhérente à la conjoncture ne permet pas aux assureurs d’avoir une vision claire et définitive quant aux aides qu’ils peuvent apporter. C’est pourquoi la liste non exhaustive des contributions présentées précédemment s’allongera au cours des prochaines semaines, fonction de l’évolution de la sinistralité et de la conjoncture.

Conclusion

Les assureurs sont globalement touchés par la crise, mais d’une façon moins visible et moins immédiate pour certains effets. En effet, lors de son audition au Sénat le 5 mai 2020, la présidente de la FFA a annoncé une perte de valeur de 250 milliards d’euros sur les actifs des assureurs avec la chute des marchés financiers. Par ailleurs il faudra du temps pour évaluer précisément le coût des sinistres pour l’assurance des pertes d’exploitation, l’assurance annulation et l’assurance-crédit, notamment.

S’ils jouent un rôle important dans le soutien de l’économie dans cette période de crise, la mise en place de nouvelles contributions est freinée par les incertitudes et les ratios de solvabilité, qui requièrent de la prudence. L’évolution de l’épidémie et les mesures gouvernementales permettront de préciser les impacts et de déterminer la contribution des assureurs à la crise.

Ne manquez pas notre dossier à paraître à la rentrée qui fera un point complet sur la situation des assureurs avec quelques mois de recul.

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Sources

1 Etude Xerfi - Covid-19 : les conséquences économiques dans les secteurs de la banque et de l’assurance (2020)

2 FFA : https://www.ffa-assurance.fr/etudes-et-chiffres-cles/assurance-vie-collecte-nette-negative-en-mai-2020

3 L'assurance française : données clés 2018 (2018) - https://www.ffa-assurance.fr/etudes-et-chiffres-cles/assurance-francaise-donnees-cles-2018

4 Selon la MAIF

5 Les contrats Maaf assurent bien les hôtels et restaurants face à l’épidémie de Sophie Fay (2020) - https://www.nouvelobs.com/economie/20200414.OBS27514/les-contrats-maaf-assurent-bien-les-hotels-et-restaurants-face-a-l-epidemie.html (2020)

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