Risques extra-financiers : quels enjeux pour les petites entreprises ?

Le 23 novembre 2020 |

Avec d’un côté, des entreprises au business model responsable, intrinsèquement soucieuses d’avoir un impact positif, et de l’autre, des structures encore dubitatives quant à la nécessité de se pencher sur leurs risques extra-financiers, force est de constater que les pratiques des entrepreneurs, TPE et PME en matière de RSE sont bien souvent situées aux extrêmes.

Alors que la réglementation se durcit vis-à-vis des grandes entreprises, le fossé qui sépare leurs pratiques avancées de celles des plus petites sociétés est en passe de se creuser. Aujourd’hui, la maîtrise des risques sociaux, environnementaux et sociétaux est donc incontournable, à la fois pour remporter des appels d’offres et gagner la confiance des consommateurs. Bonne nouvelle, il est relativement simple de franchir le pas !

Renforcer sa compétitivité

Elle ne concerne directement que les grandes entreprises, pourtant, la loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre a eu une répercussion sur l’ensemble des sociétés, y compris les plus petites. Depuis son entrée en vigueur en 2017, cette réglementation oblige les entreprises de plus de 5000 salariés en France (ou plus de 10 000 dans le monde) à établir, mettre en œuvre et publier un plan de vigilance. Concrètement, il s’agit pour ces grosses structures de sécuriser leur chaîne d’approvisionnement en demandant à leurs fournisseurs de s’engager à respecter la législation sociale, environnementale et sociétale ainsi qu’à justifier d’une politique RSE.

Si les entrepreneurs, TPE et PME se doivent de garder à l’esprit l’existence de cette obligation à laquelle sont soumises les grandes entreprises, c’est bien parce qu’elle risque peu à peu de renforcer le décalage préexistant entre les petites structures n’ayant pas véritablement entrepris d’analyse de leurs risques extra-financiers et les entreprises plus matures en matière de RSE. La pression continue exercée sur les grandes firmes n’aura de cesse de les pousser à se dépasser et à redoubler d’ingéniosité pour se différencier : une longueur d’avance supplémentaire qui, à terme, pourrait bien rendre inaccessibles certains marchés et clients aux petites sociétés.

Les dirigeants de ces dernières l’ont probablement constaté : la place de la RSE est de plus en plus prépondérante dans les appels d’offres, notamment dans le secteur public où une part non négligeable de la note attribuée à la proposition du fournisseur concerne sa politique RSE. C’est pourquoi les entreprises ayant initié une démarche en ce sens ont un réel avantage concurrentiel, car il est clair que le déni de ce paramètre constituera tôt ou tard un frein à la croissance de l’activité. En atteignant une taille critique, la petite entreprise aura accès à des marchés plus exigeants et sera mise en concurrence avec des acteurs plus responsables, face à qui elle peinera à rivaliser. Les retardataires auront été prévenus : faute de considération du volet extra-financier, des contrats finiront par être rompus et des parts de marché perdues.

Se concentrer sur le risque fournisseur

En 2020, le risque fournisseur est considéré comme un risque extra-financier majeur1, d’où la nécessité d’y porter une attention toute particulière. Pour sécuriser au mieux la chaîne d’approvisionnement, comme le font les entreprises soumises à la loi relative au devoir de vigilance, les dirigeants doivent analyser les zones de risques de leur activité en se penchant prioritairement sur les principales thématiques attendues par leurs donneurs d’ordre et clients. Cette étude doit porter sur les risques et enjeux générés par l’activité de l’entreprise, ses implantations géographiques et ses partenaires commerciaux (fournisseurs ou clients).

En effet, il est aujourd’hui attendu des sociétés de toutes tailles qu’elles puissent maîtriser les risques inhérents à chaque sous-traitant ou filiale avec qui elle collabore, qu’il s’agisse d’une relation ponctuelle ou de long terme, d’un contrat majeur ou de moindre importance. C’est la raison pour laquelle il est conseillé de redoubler de vigilance avec les prestataires implantés à l’étranger ; les pays aux réglementations moins protectrices exposant les entreprises à des risques bien plus élevés. En somme, analyser les zones de risques pour mieux maîtriser ces derniers, réfléchir à des axes d’amélioration et instaurer une gouvernance forment un premier pas qui, à lui seul, pourrait bien faire la différence !

1 « Baromètre 2020 des tendances du reporting extra-financier en France » réalisé par Mazars (septembre 2020)

Article paru dans Le Figaro Entrepreneur

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