L’immobilier en passe d’être transformé par la Proptech ?

Le 15 décembre 2021 |

Par le passé, l’immobilier a pu souffrir d’une image de secteur peu moderne compte tenu de son recours encore marginal aux nouvelles technologies. Or, depuis plusieurs années, le secteur assiste à la montée en puissance d’entreprises innovantes dont les business models révolutionnent les processus métiers du Real Estate grâce au digital : les start-ups de la « Proptech ». Qu’est-ce que la Proptech, que propose-t-elle et à qui s’adresse-t-elle ? A l’approche de 2022, quelles tendances semblent se dessiner ? Enfin, doit-on s’attendre à un impact durable et profond de cette Proptech sur le secteur de l’immobilier ?

Qu’est-ce qu’une Proptech ?

Une Proptech est une entreprise spécialiste de l’immobilier dont le concept repose sur le recours à une nouvelle technologie pour approcher et traiter un sujet immobilier traditionnel en répondant aux exigences actuelles : par exemple, en supprimant des intermédiaires, en fluidifiant les communications entre parties prenantes, ou encore en apportant de nouvelles garanties. Le terme Proptech est une contraction des termes property et technology, il peut désigner une société ou plus généralement la tendance de transformation et d’innovation par la technologie des processus immobiliers.

L’émergence de la Proptech résulte d’une part de l’évolution des modes de vie et de consommation des usagers de l’immobilier, d’autre part de l’omniprésence de la data et de la nécessité, toujours plus vitale pour les acteurs du secteur, de la collecter, la comprendre et l’exploiter au mieux. Ces start-ups innovantes proposent la facilitation et l’optimisation, qui répondent toutes deux aux nouvelles exigences du marché. 

En effet, de nombreuses Proptechs partagent un business model basé sur la suppression des intermédiaires et la proximité avec l’utilisateur dans un contexte où la demande d’autonomie et de décentralisation augmente, tant chez les particuliers que les entreprises. Parmi ces acteurs innovants on peut citer les plateformes de crowdfunding immobilier, ou encore les start-ups spécialisées dans l’administration de biens promettant plus d’efficacité, de transparence et moins d’inertie à leurs clients. Les solutions proposées par ces start-ups s’adressent aux particuliers.

En parallèle, un autre type de Proptech, BtoB cette fois, s’adresse directement aux professionnels de l’immobilier en proposant une offre de collecte et d’exploitation de la donnée immobilière. Les solutions développées permettent aux professionnels d’optimiser le pilotage de leurs travaux, de leurs exploitations, de leur performance énergétique, des services auxquels ils souscrivent (maintenance, nettoyage…), ou encore de sécuriser leurs investissements par des évaluations fiabilisées en amont et reposant sur une information de qualité.

La Proptech concerne déjà tous les segments et clients de l’immobilier

Sont recensées 5 principales branches au sein de la Proptech :

  • la Contech et la Fintech (ou Real Estate Fintech), dédiées respectivement aux secteurs de la construction et de la finance,
  • le Smart Real Estate, qui désigne l’ensemble des Proptechs se consacrant aux enjeux des smart cities et du smart building,
  • une branche entière de la Proptech est dédiée à l’économie circulaire et collaborative,
  • les autres entreprises, spécialisées dans l’immobilier pur, ne portent pas de dénomination particulière et sont simplement regroupées sous le terme générique de Proptech.

Ainsi, les Proptechs s’adressent aussi bien aux particuliers qu’aux professionnels de tous les segments de l’immobilier : investisseurs, développeurs, promoteurs, constructeurs, exploitants, et utilisateurs. De même, les clients cibles peuvent être des acteurs publics ou privés, des indépendants, des filiales de grands groupes de banque ou d’assurance, des acteurs du logement social, quelle que soit la taille de l’entreprise.

Cependant, trois métiers sont davantage concernés par ces innovations : la promotion, la construction et la gestion. Effectivement, la Proptech propose de nombreuses solutions de facilitation pour la transaction, qui trouvent une application dans les processus de commercialisation des promoteurs ou des agences immobilières. Par exemple, il est désormais possible d’effectuer des visites en réalité virtuelle de futurs biens dans un contexte d’achat sur plan. D’une autre façon, les différentes parties prenantes d’un chantier peuvent aujourd’hui échanger de façon fluide autour de maquettes BIM (modélisation des données du bâtiment) du projet. Ces maquettes digitales en 3D sont de véritables bases de données permettant entre autres de coordonner les acteurs depuis la phase de conception, de garantir l’avancement du projet et à plus long terme de préparer la maintenance prédictive de la construction.

La Proptech challenge le secteur… et pourrait bien le transformer

Si les Proptechs parviennent à se faire une place dans le secteur, sur la durée, et à satisfaire les attentes des early adopters, on pourrait assister à une évolution des exigences et processus opérationnels de l’immobilier. En effet, ces start-ups proposant de faciliter ou d’optimiser les modes de fonctionnement du Real Estate, les standards d’exigences en termes de performances opérationnelles, financières et énergétiques pourraient être réhaussés.

Plusieurs effets positifs sont d’ailleurs déjà observés, entre autres :

  • les économies réalisées sur les consommations énergétiques du fait de la meilleure connaissance des besoins d’un bâtiment à un moment donné,
  • la plus grande satisfaction des utilisateurs grâce à la maintenance prédictive permettant un fonctionnement optimisé des équipements,
  • la réduction des coûts et délais d’intervention liée au recours à la maquette BIM partagée avec les parties prenantes d’un chantier.

Alors que ces solutions se démocratisent, les acteurs traditionnels de l’immobilier pourraient avoir à adapter leurs processus et offres au regard de l’évolution des demandes de leurs clients, pour maintenir un positionnement pertinent et un avantage concurrentiel sur le marché.

Ainsi, le métier d’administrateur de biens pourrait par exemple être impacté par l’essor de la Proptech. En effet, des syndics de copropriété nouvelle génération s’appuyant sur la technologie proposent déjà à leurs clients une e-gérance 100% digitalisée des sujets administratifs, comptables et réglementaires liés à la copropriété d’un immeuble. Ces syndics sont également capables d’optimiser les performances énergétiques des immeubles via des capteurs et de la domotique. Il en va de même dans la construction, dont la capacité à travailler avec des maquettes et bases de données partagées pourrait être un critère de choix d’entreprises exécutantes ou de partenaires sur site. Compte tenu de la place grandissante et toujours plus centrale de la technologie, jusque dans les métiers historiques de l’immobilier, un fossé risque de se creuser entre les acteurs capables de s’y adapter et d’y recourir, et les autres.

Aujourd’hui, un vent de changement et de modernisation profonde souffle sur les professions de l’immobilier : en témoigne l’apparition successive de nouveaux métiers (hospitality managers connectés, community managers immobiliers, data scientists spécialisés dans le Real Estate…). Une tendance à laquelle la Proptech a largement contribué et qui pourrait bien se renforcer au cours des prochaines années.

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