Heurtée par la crise sanitaire, l’industrie du transport de personnes doit se réinventer

Le 10 décembre 2020 |

Avions cloués au sol, TGV supprimés… En France, l’industrie du transport de personnes continue de pâtir des effets de la Covid-19 et fait aujourd’hui face à un double défi : résorber son déficit tout en se réinventant pour préparer sa sortie de crise, estimée à 2024. Indispensable, la mutation du secteur ne sera possible qu’avec le soutien de l’État qui, en la finançant en grande partie, entend bien obtenir des contreparties pour atteindre ses objectifs de neutralité carbone. Un sujet de plus en plus cher aux Français, dont le rapport à la mobilité et à l’environnement a profondément évolué en 2020.

Un nouveau rapport aux déplacements

Frappé de plein fouet par la crise sanitaire, le transport de personnes a vu sa santé économique et financière fortement affectée en 2020. Mécaniquement, le recours massif au télétravail couplé à l’arrêt brutal du tourisme a paralysé l’ensemble des acteurs de l’industrie : qu’il s’agisse du transport terrestre, aérien ou maritime. Mais au-delà de ces répercussions conjoncturelles, la Covid-19 semble avoir impulsé une profonde évolution des mentalités, un nouveau rapport des usagers à leurs déplacements, qu’ils soient d’ordre personnel ou professionnel, individuels ou collectifs.

A l’évidence, la généralisation au moins ponctuelle du télétravail pourrait se pérenniser dans les prochaines années et impactera durablement les réseaux de transport, notamment dans les grandes métropoles et tout particulièrement en Ile-de-France. Quant aux voyages d’affaires, bien plus rentables que les déplacements de loisir pour les compagnies aériennes et ferroviaires, ils seront de plus en plus difficiles à justifier. Un coup dur pour le secteur. D’autant plus qu’à l’avenir, la préférence des usagers devrait aller aux véhicules personnels peu polluants plutôt qu’aux transports en commun pour leurs déplacements du quotidien et de loisir.

En effet, la préoccupation des Français pour l’urgence climatique s’est renforcée en 2020, tout comme leur volonté de consommer de manière plus raisonnée et de participer plus activement à l’économie locale qui, par définition, induit des déplacements relativement limités. Un retour à l’essentiel à l’origine de nouveaux enjeux et défis pour les acteurs de cette industrie, qui aujourd’hui :

  • s’attellent à élaborer et mettre en œuvre des plans d’action de court terme afin de faire face aux impacts de la crise – d’autant plus qu’ils assument des coûts fixes importants,
  • réfléchissent à la redéfinition de leur vision et à la manière dont ils doivent se réinventer pour proposer, à moyen terme, des offres adaptées aux nouvelles attentes et pratiques des usagers – notamment celles de la génération Z, bien plus portée sur les questions environnementales que ses aînés.

Une mutation rendue possible et orientée par l’investisseur public

Prise de court en mars dernier, l’industrie du transport de passagers a été confrontée à une problématique inédite et complexe : assurer une continuité de services alors que les usagers, défiants, devaient – et doivent encore – limiter leurs déplacements au strict nécessaire. Plutôt que de chercher à préserver leurs marges souvent déjà fines, les acteurs du secteur se sont au contraire employés à revoir l’attractivité de leurs offres pour réamorcer les réservations. Pourtant, les prix bas et campagnes de communication rassurantes soulignant l’application de protocoles sanitaires rigoureux n’ont pas suffi à la reprise du trafic.

Face à cette situation critique, l’État et les collectivités territoriales ont fait part d’un engagement fort pour rééquilibrer les exploitations déficitaires. Concrètement ces aides se traduisent habituellement par :

  • des subventions d’investissement dans le cas où la réalisation des travaux de construction serait directement financée par le privé (concessions) ;
  • la mise à disposition d’infrastructures financées par des deniers publics avant que leur gestion ne soit confiée à un partenaire privé en l’échange d’une redevance (affermage) ;
  • le versement de subventions d’exploitation dites « d’équilibre » dans le cas où l’activité opérationnelle est structurellement déficitaire.

Remis en question par la crise, ce système de compensation appelle à une discussion entre acteurs privés et publics, chacun devant assumer une part des pertes engendrées par la baisse des recettes. Si le transport routier de passagers semble résister à une renégociation de cet équilibre, le transport aérien, plus lourdement impacté, joue sa survie et compte plus que jamais sur le soutien de l’Etat et des collectivités territoriales. Quoi qu’il en soit, l’indispensabilité et la place stratégique de cette industrie rendent peu probable le désengagement des pouvoirs publics, et ce, quelle que soit l’ampleur de la crise. Au contraire, l’investissement public devrait même se renforcer : en témoigne le plan de relance historique de 100 milliards d’euros pour redresser l’économie française, grâce auquel Air France et la SNCF se verront respectivement prêter 7 et 4,7 milliards d’euros suite à la première période de confinement.

C’est donc fort de son rôle moteur que l’État rendra possible l’accélération des mutations du secteur, qu’il oriente et arbitre déjà par ses choix d’investissements. Les 8 milliards d’euros débloqués en faveur de la décarbonation de la filière automobile ainsi que la condition imposée à Air France de mettre en œuvre un plan visant à réduire ses émissions de CO2 constituent de parfaites illustrations des intentions de l’Etat, engagé à atteindre la neutralité carbone à horizon 2050. Menée sous le signe du verdissement, cette mutation devrait permettre à l’industrie du transport de personnes de mieux rebondir, en répondant notamment aux exigences des passagers de demain.

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