Immobilier : la RSE comme composante essentielle de la relance

Le 5 janvier 2021 |

L’impact de la pandémie sur notre écosystème s’est rapidement ressenti, à la fois positivement sur notre environnement (avec une baisse estimée de 5 à 10% des émissions de CO2 en 2020), mais aussi négativement sur la santé mentale des salariés en télétravail dont presque 50% indiquent la forte et rapide détérioration.

Cette crise sanitaire et économique rend ainsi plus visibles et matériels les enjeux sociétaux, environnementaux et de gouvernance (ESG) qui pouvaient jusqu’ici être encore relayés au second plan, face aux objectifs financiers de rentabilité plus court terme. Ces nouveaux enjeux extra-financiers se retrouvent naturellement au cœur des stratégies immobilières des entreprises : leur patrimoine d’exploitation étant à la fois un contributeur majeur aux émissions de CO2 et un outil au service de la qualité de vie au travail (QVT). Mais à manier sous un angle budgétaire avec beaucoup de précautions.

Faire peser les restrictions budgétaires sur la RSE présenterait 3 risques majeurs

La revue des plans stratégiques engagés en réponse à la crise sanitaire par de nombreuses entreprises est indéniablement une opportunité pour revaloriser la place de la RSE. L’idée est de mieux refléter les enjeux sociétaux chers aux employés tout en contribuant efficacement à la relance. Les restrictions budgétaires représentent un challenge dans le contexte actuel, mais les faire peser trop lourdement sur le déploiement d’une stratégie RSE ne s’inscrirait clairement pas dans une logique durable… Ce que les talents ne manqueraient probablement pas de sanctionner. D’autant plus que la sensibilité des salariés et investisseurs aux enjeux RSE a été exacerbée par la crise de la Covid-19. L’ignorer présente aujourd’hui d’importants risques :

  • risques RH : difficultés de recrutement et fuite des talents en quête de sens et de transparence, un enjeu d’autant plus important à l’heure de l’arrivée de la Génération Z sur le marché de l’emploi ;
  • risques financiers : désengagement de certains partenaires-investisseurs ne voulant pas être associés à une entreprise non vertueuse ;
  • risque médiatique et de réputation pouvant conduire à une baisse de l’attractivité et au ralentissement de l’activité en cas de boycott des clients.

L’immobilier au cœur des réflexions

Les dirigeants du monde post-Covid sont attendus sur ces questions sociétales. L’immobilier de bureau apparaît comme un levier porteur de sens sur les questions ESG. C’est pourquoi la multiplicité des lieux d’exercice du travail et la dimension nouvelle apportée par le télétravail massif faisant du domicile une annexe du bureau avec ses propres enjeux doivent être acceptées.

Parmi les éléments clés à intégrer aux réflexions sur les trois piliers ESG figurent quelques incontournables, communs à la majorité des entreprises dans leur stratégie immobilière :

  • La diminution des surfaces de bureaux, pour intégrer une part de distanciel encore plus importante, et ainsi réduire proportionnellement l’impact environnemental. Cette stratégie complètera les efforts déjà engagés pour aller vers des actifs tertiaires à haute performance environnementale.
  • Plus de recours aux données générées par le bâtiment, pour se diriger vers une exploitation plus raisonnée. Par exemple, en mettant en corrélation les flux d’occupants avec l’offre de restauration, le nettoyage ou encore le chauffage et la climatisation afin de lutter contre le gaspillage et les consommations inutiles.
  • Toujours plus de nouveaux services,  jusqu’au domicile du collaborateur, pour adresser les enjeux sociaux comme le confort des installations physiques et la précarité : fourniture d’équipement mobilier, livraison de repas, accompagnement psychologique par des professionnels qualifiés... Sans oublier la connectivité, car la digitalisation, accélérée par la pandémie, est au cœur du développement d’un écosystème serviciel adapté au nomadisme. Et sur cette question, tous les territoires ne sont pas égaux.
  • La refonte et la modularité des espaces de travail pour offrir les meilleures conditions au bureau, lieu d’échange et de collaboration réaffirmé.
  • Les différents espaces de travail doivent mieux s’imbriquer pour se compléter durablement et non plus seulement en temps de crise.
  • La généralisation des référents ‘reporting et innovation RSE immobilier’, afin de disposer d’une gouvernance et d’indicateurs pertinents.

Les crises multiples liées à la pandémie ont brusquement fait bouger les lignes ; une fois passé le choc du confinement national imposé en mars 2020, des réflexions stratégiques plus profondes se sont engagées, y compris sur le volet RSE. Les pouvoirs publics préparent les normes de travail de demain ; les entreprises, loin d’être figées dans l’environnement actuel chargé d’incertitudes, anticipent et s’adaptent en temps réel. Si rien n’est plus sûr, un nouvel équilibre entre intérêt général et intérêt financier semble tout de même se profiler, conformément aux attentes exprimées par la majorité des salariés1.

1 Etude Mazars " Stratégie immobilière post-Covid : 15 responsables immobilier livrent leur vision"

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Auteurs

Claire Gueydan-O’Quin
Claire Gueydan-O’Quin Associée, Resp. Conseil Immobilier & BTP Europe - Paris

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