Finance à impact, se donner les moyens d’accélérer

Lundi 5 juillet 2021 |

Ce samedi 3 juillet, j’ai eu le plaisir d’intervenir dans le cadre des Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence sur le sujet majeur que constitue, en 2021, la finance à impact. Bien engagé, le mouvement reste cependant caractérisé par sa complexité, laquelle souligne à quel point la standardisation des données ESG est urgente et nécessaire. Bonne nouvelle, la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) apportera prochainement intelligibilité et transparence au paysage de la finance à impact : de quoi réjouir les entreprises comme les investisseurs, et permettre l’accélération de cette tendance vertueuse.

Un mouvement déjà bien engagé

En 2021, le mouvement de la finance responsable est réellement engagé. Crise climatique, explosion démographique, pandémie de Covid-19… : compte tenu des multiples bouleversements simultanés qui frappent notre monde, il est plus que jamais attendu des acteurs financiers qu’ils participent à la (re)construction d’une économie plus résiliente, plus durable et plus juste. Il en va de l’équilibre et de la survie de nos écosystèmes, si fragilisés. Aujourd’hui, la finance se doit d’être responsable, transparente, et de satisfaire aux attentes de la société, une société pour qui la conciliation entre profit et intérêt général est non seulement possible, mais surtout impérative1.

Cette quête de responsabilité et de transparence, c’est tout l’objectif du Plan d’action pour la finance durable adopté en mars 2018 par l’Union européenne. Ce dernier annonçait un cadre réglementaire exigeant et articulé autour de trois grands enjeux : 1. réorienter les flux de capitaux vers des investissements durables ; 2. intégrer systématiquement la durabilité dans la gestion des risques ; 3. favoriser la transparence et le long terme dans les activités financières et économiques. Depuis, les initiatives, expérimentations et exercices de transparence se sont multipliés. Les acteurs de la place financière ont notamment pris un certain nombre d’engagements et concrétisé des réalisations autour de quatre thèmes favorables à la finance durable : la gestion responsable, la sortie du charbon, la transition bas carbone et l’offre de produits responsables.

Par ailleurs, la dernière étude de l’AMF2 sur le reporting climatique selon le référentiel Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) a évalué la mise en œuvre de ce référentiel TCFD par dix acteurs financiers français, à partir d’une analyse approfondie des rapports publiés et d’entretiens. L’AMF y souligne des efforts très concrets : discours pédagogique, propos précis et argumentés, large mobilisation en interne, essai de différentes méthodes d’analyse prospective, acculturation, explicitation et discussion sur les limites et les hypothèses des raisonnements prospectifs… Toutefois, l’Autorité y mentionne également un certain nombre de faiblesses, souvent inhérentes à la complexité de l’exercice de reporting climatique, à la dimension prospective des analyses ainsi qu’à l’incertitude qui, naturellement, les accompagne.

Un paysage pour l’heure encore nébuleux pour les entreprises et investisseurs

La complexité liée à la finance durable s’observe à différents niveaux, à commencer par la complexité du sujet en lui-même. En effet, la matière concernée est vaste, ardue, et couvre des aspects interconnectés : ce qui nécessite de trouver les bons équilibres, avec des objectifs parfois contradictoires. A cela s’ajoute une complexité de temporalité entre l’urgence climatique et le temps long inhérent aux mesures prises. S’il faut bien entendu les saluer, les nombreuses initiatives menées par une quantité d’acteurs semblent malheureusement avoir participé malgré elles à complexifier davantage le sujet en dispersant les énergies et efforts, plutôt qu’en les fédérant. Enfin, la multitude de référentiels existants, dont les objectifs précis et l’approche manquent parfois de clarté, ont concouru à renforcer la complexité de l’information et de la transparence. Cette dernière a elle-même conduit, mécaniquement, à la complexité de lecture générale à laquelle les investisseurs font désormais face. En somme, les entreprises comme les acteurs financiers peinent encore à s’y retrouver.

Rationaliser cette complexité et faire converger cette variété d’initiatives sont des tâches qui, justement, viennent d’être confiées à l’EFRAG par la directive CSRD3 adoptée par la Commission européenne le 21 avril dernier. Sa vocation : développer des normes de reporting de durabilité en identifiant les liens entre les différents référentiels existants et les objectifs spécifiques de l’Union européenne, avec la cohérence et la convergence comme ambition affichée. Les référentiels concernés sont nombreux : il peut s’agir du Sustainability Accounting Standards Board (SASB), de l’International Integrated Reporting Council (IIRC), de la Value Reporting Foundation (née de leur union), ou encore de la Global Reporting Initiative (GRI). Sans omettre ce que l’International Financial Reporting Standards (IFRS) Foundation ou la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) pourraient être amenés à proposer.

Un référentiel commun à l’horizon, enfin !

Au-delà de la richesse de ces contributions et initiatives, il reste urgent et essentiel de standardiser les données ESG à produire, idéalement de la manière la plus qualitative, robuste et internationale qui soit : à l’instar de l’information financière. Aujourd’hui, la naissance d’un référentiel européen s’impose : c’est tout l’enjeu de la CSRD (qui d’ailleurs parle de « corporate sustainability » et non plus de « non financial ») que d’encadrer la production d’une information pertinente, normée et qualifiée qui contribuera à atteindre les objectifs assignés, en 2018, par le Plan d’action de la Commission européenne sur la finance durable.

Il convient de noter que la CSRD aura un impact majeur sur les entreprises et le monde de la finance puisqu’elle :

  • imposera des normes de reporting obligatoires à près de 50 000 entreprises européennes, en édictant enfin un langage commun sans lequel il reste à ce jour impossible d’évaluer à la fois la pertinence et la performance d’un projet au regard des objectifs prétendument visés,
  • exigera de l’EFRAG qu’il intègre à la fois les acquis des référentiels internationaux précités et les exigences de réglementations européennes clés (telles que les règlements SFDR et Taxonomie) dans l’élaboration de ce langage commun, en rationalisant et simplifiant la collecte d’informations fiables et utiles par les acteurs financiers,
  • élargira sensiblement le périmètre d’application des obligations de reporting en prévoyant des normes spécifiquement définies pour les PME, en multipliant le nombre d’acteurs économiques – premiers partenaires de la finance durable ! – parlant ce langage commun, et ce faisant, accroîtra la quantité d’informations disponibles pour les acteurs financiers,
  • imposera que l’information durable soit systématiquement auditée, ce qui contribuera largement à la fiabiliser donc à la rendre exploitable, l’information utilisée jusqu’ici étant encore trop imparfaite. 

Toutefois, la CSRD n’entrera en application qu’au titre de l’exercice 2023, après la mise en œuvre d’autres textes réglementaires et prudentiels exigeants pour la finance durable en matière de reporting ESG (SFDR, Taxonomie, stress tests climatiques…). Le calendrier de mise en œuvre reste certes à préciser, mais nous avançons résolument dans la bonne direction, au bénéfice de la construction d’un monde plus prospère et durable.

1 « Construire la sortie de crise : quelles sont les attentes des Français vis-à-vis de l’entreprise ? », une étude menée par FreeThinking et Viavoice à l’initiative de Mazars (juin 2021)

2 Consulter l’étude de l’AMF

3 En savoir plus sur la CSRD

Visionner le replay de la table ronde « La finance à impact pour une relance durable » des Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence (3 juillet 2021)

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