Intervention de Danielle Toupillier, Directrice Générale du Centre National de Gestion
« Alors la question que vous posiez au fond, c’est quel avenir pour les praticiens hospitaliers à l’hôpital public. Alors j’oserai vous dire, et je suis considérée comme un peu optimiste peut être éternellement optimiste, et je souhaiterai le rester. Je vais dire pourquoi. »
« Lorsque l’on regarde le décor des praticiens hospitaliers, on parle beaucoup de contractualisation. Vous allez voir que les chiffres démentent la crainte »
Donc pour moi l’avenir, il est possible, je dirai même qu’il est certain et je dirai même que si nous nous armons, il est prometteur et je vais essayer d’expliquer pourquoi. J’ai cette vision avec une vision nationale des choses et comment, au fond, je vois vivre les praticiens hospitaliers depuis les quelques années que je les accompagne, et comment le décor est un peu campé aujourd’hui. Je dirai que le présent, pour moi, dessine l’avenir et je vais expliquer un petit peu les grands, par grandes rubriques, par grandes thématiques les événements et je répondrai à quelques questions, quelques interrogations qui se sont faites jour dans le cadre des interventions précédentes.
D’abord, la démographie, les modes de recrutement, Jean-Yves Copin l’a dit, un mode de recrutement par un concours national de praticiens, dit praticien des établissements publics de santé. En vérité, c’est un concours sans être un concours. C’est une épreuve, des épreuves nationales d’aptitude mais que, pour des raisons symboliques, nous avons continuer à appeler avec l’ensemble de nos partenaires sociaux : concours. C’est important. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de poste défini, parce que vous savez, le principe des concours, on ouvre un certain nombre de postes et on pourvoit les postes si la qualité est au rendez-vous et si le jury estime que ils sont suffisamment compétent pour rentrer dans les postes qui sont ouverts. Là, il n’y a plus, depuis de nombreuses années déjà, de place au concours. Donc, est reçu, tout ceux et toutes celles qui sont considérés comme aptes à l’exercice du métier par un jury de professionnels, qui est souverain dans sa décision d’admission.
Ce que l’on peut camper comme décor, on a deux grands concours : le type 1 donc le type 1 dominant, c’est le plus important, ce type 1, plus de 93 % reçus. Ça veut dire quand même que alors qu’il n’y a pas de place, alors que nous pourrions admettre 100 %, on considère que 7 % ne sont pas éligibles à l’aptitude à exercer le métier de praticien hospitalier, c’est important. Et sur quoi se fondent les jurys que j’ai eu le plaisir d’interviewer souvent ? Sur la capacité du travail collectif, sur le comportement de la personne, le cas échéant lorsqu’il y a les auditions qui sont effectivement organisées. Dans le concours de type 2, nous avons 76 % de candidats reçus donc ça veut dire que nous en avons un certain nombre qui ne sont pas reçus alors que les places ne sont pas limitées et que nous pourrions les admettre.
Ça veut dire qu’il y a un principe quand même de sélectivité qui s’apparente à un principe de concours de type fonction publique, certains ont parlé, un intervenant tout à l’heure a expliqué effectivement les principes d’assimilation à la fonction publique mais les praticiens hospitaliers ne sont pas des fonctionnaires, ce sont des agents publics sous statut national d’emploi, titularisés après réussite à un concours et il n’y a qu’une exception en France, les hospitalo-universitaires titulaires qui ont un statut fonctionnaire d’Etat parce que le U va l’emporter sur le H. Mais il faut savoir que lorsque l’on regarde le décor des praticiens hospitaliers, on parle beaucoup de contractualisation. Vous allez voir que les chiffres démentent la crainte et je vais essayer d’expliquer pourquoi. Nous avons aujourd’hui 69 % de praticiens titulaires, ça fait de nombreuses années, bien avant la loi HPST, nous n’avons quasiment pas sensiblement bougé avec la loi HPST. Je dirai même que le tendancielle que j’observe aujourd’hui c’est que, avec la loi HPST, le retour au droit statutaire s’est amplifié et je vais donner quelques chiffres, ce qui est quand même intéressant dans les débats, comme quoi les craintes ne sont pas toujours vérité.
Alors nous avons aujourd’hui 43 000 praticiens hospitaliers. Sur ces 43 000, nous en avons à peu près 2 000 qui sont hors le statut, ils sont en détachement dans des institutions privées à but non lucratif, ils sont en disponibilité, ils sont en congés parentales, donc ils ne sont pas en exercice hospitalier. Au premier janvier 2011, nous avions 40 872, 41 000 praticiens hospitaliers rémunérés et exerçant dans les établissements hospitaliers. Un peu plus de 35 000 praticiens temps plein, 35 427 exactement et 5 445 praticiens hospitaliers temps partiel. Quand on observe la série chronologique, parce que nous avons fait une rétrospective 2002-2010, nous avons progressé dans les emplois médicaux pour les praticiens temps plein titulaires ou en période probatoire, c'est-à-dire qui ont passé le concours, de 49 % en neuf ans. L’amplification du mouvement est très caractéristique et le regain justement des postes, je vais en dire un petit mot, c’est particulièrement majoré au cours de la période récente et depuis la loi HPST, je vais donner quelques chiffres tout à l’heure.
« Il y a aussi une espèce de mythe, de symbole, de la démission massive des praticiens hospitaliers. Je dois vous dire que les statistiques qui seront tenus à votre disposition dans les rapports d’activité du CNG démontrent tout le contraire »
Alors je dirai que le recrutement, la démographie est favorable, deuxième élément de démographie quand même favorable, même s’il est défavorable à certains établissements, nous avons à peu près dans cette période prospective 2010 réalisé et 2020, nous avons de très nombreux départs et lorsque nous regardons la démographie des praticiens hospitaliers, nous avons en moyenne 1 000 à 1 300 départs chaque année entre la période 2010 et la période de 2010. Sur ces 1 000 à 1 300, nous en avons à peu près entre 500 et 1 000 selon les années qui sont des départs à la retraite, d’autres ils partent, démissionnent, quelques uns, pas beaucoup, très peu. Alors il y a aussi une espèce de mythe, de symbole, de la démission massive des praticiens hospitaliers. Je dois vous dire que les statistiques qui seront tenus à votre disposition dans les rapports d’activité du CNG démontrent tout le contraire. Nous avons au contraire un faible taux de départ, c’est plus vrai dans d’autres sphères de l’hôpital mais sur le plan des praticiens hospitaliers, les statistiques ne le vérifient pas.
Troisième élément de démographique très important, nous avons ce que l’on appelle les lauréats au concours, ce qui sont reçus à ce fameux concours national et pour lequel, après de multiples pourparlers avec nos organisations professionnelles, nous avons admis l’idée qui est intéressante, d’avoir une liste d’aptitude qui dure plusieurs années. Nous avons donc des listes d’aptitudes qui durent pendant quatre ans. Cette liste, nous avons fait un peu les curieux parce que c’était intéressant de rapprocher au fond combien on a de postes vacants chez les titulaires, les statuts de titulaires temps plein et temps partiel et si tous les lauréats qui sont en attente sur une liste valide dans les quatre ans de validité, prenaient des postes, combien arriverions-nous à pourvoir ces postes dans les hôpitaux publics ?
Alors là l’affaire est très intéressante puisque nous voyons que sur le tour 2010, nous avons deux tours, nous en avons un en avril, c’est plus gros tour de l’année, et puis nous avons un tour de recrutement au mois d’octobre. Sur ces publications de deux tours qu nous avons faites dans l’année 2010, nous avons publié 10 659 postes qui ont été publiés, vous voyez sur 42 000, ça peut faire beaucoup. Mais en vérité, il y en a certains qui n’étant pas pris au premier tour, retentent bien entendu au deuxième tour. Et nous avons prévu avec la loi HPST une modification, c'est-à-dire que l’on peut aujourd’hui proposer entre les deux tours à des praticiens hospitaliers qui voudraient revenir de congés de maternité, de disponibilité, avant ils étaient sur les statuts d’attente de pouvoir réintégrer un établissement dans l’entre deux tours. Donc c’est quand même un événement qui devrait quand même favoriser les choses. Sur ces 10 659 postes publiés, nous avons eu 5 447 lauréats au concours, je ne parle pas des mutations parce que les mutations, ça fait sortir quelqu’un d’un endroit mais ça le fait aller de l’autre, c’est une opération neutre au fond sur la démographie.
Deuxième élément dans les recrutements que je voulais signaler, les besoins restent importants donc l’avenir est donc prometteur parce que quand l’offre est très supérieure à la demande, ça crée des conditions favorables et j’y reviendrai, malgré le dispositif de restructuration entre établissements et malgré les réorganisations internes des établissements.
Donc nous avons des besoins nouveaux qui existent. Alors à titre illustratif, je voulais quand même vous donnez une information importante, c’est que lorsque l’on regarde la situation de 2010, qu’on la compare à la situation de 2009, nous avons eu une création nette de postes de praticiens hospitaliers temps plein de 1 128 postes en un an. Ceux-ci ne veux pas dire pour autant que ça augmente d’autant le temps médical car la plupart de ces créations, quelques unes sont des créations nettes décidées par les établissements parce qu’il y a une activité qui justifie un renforcement de moyens mais beaucoup de ces créations sont des transformations de temps médicaux souvent plus précaires, et notamment venant de transformations d’emplois, parfois de praticiens temps partiel, parfois de praticiens contractuels pour fortifier et conforter quelqu’un qui venant de passer le concours, de ce fait il était contractuel précédemment et on veut confirmer effectivement son recrutement à l’hôpital.
Donc c’est une donnée extrêmement importante. Deuxièmement, des besoins importants existent dans certaines disciplines et activités sauf en pharmacie et en biologie. Et là nous avons, lorsque nous avons des lauréats au concours qui restent sur une liste valide, nous avons à peu près 1,7 à 1,8 praticiens pour un poste offert. Ça ne veut pas dire qu’il prendrait ce poste là parce que souvent il y un recrutement aussi qui est localisé. Mais dans certaines disciplines et spécialités, nous n’avons pas suffisamment de lauréats pour promouvoir les postes vacants de titulaires. A titre illustratif, pour couvrir les besoins lorsque l’on regarde les lauréats et qu’on les rapproche les postes dans leur discipline, en chirurgie, si on prend tous les lauréats qui prennent tous les postes vacants, nous aurions 75 % de couverture des postes, en médecine 51 %, c’est le point fort et massif et majeur de l’hôpital, la part de marché la plus importante de l’hôpital, nous avons 33 % de couverture en anesthésie - réanimation et en psychiatrie même pourcentage et 24 % en radiologie et en imagerie médicale.
Deuxième élément que je voulais indiquer c’est que, on ne l’a pas dit, il y a des hommes et des femmes et que les mouvements de féminisation s’accentuent, notamment dans les études médicales puisque nous commençons nous le travail d’observation du CNG sur les épreuves classantes nationales qui a aussi une féminisation qui se renforce mais lorsque l’on regarde les disciplines, on remarque qu’il y a des couples de disciplines. Et lorsque l’on regarde médecine et psychiatrie, on a parité homme / femme. Lorsque que l’on regarde chirurgie et imagerie médicales radiologie, nous avons une dominante homme. Et lorsque nous regardons la biologie et la pharmacie, là nous avons une dominante des femmes. Et c’est un mouvement qui est quasiment identique sur toute la période observée, des dix années d’observation que nous avons faites.
Vous avez parlé aussi des modes d’exercice, je voulais en dire un petit mot. Je reviendrai quand même sur les notions de garde après. Je donnerai quelques éléments de contexte. Les modes d’exercices. Alors nous, nous avons, nous travaillons actuellement sur un groupe de travail que, dont le ministre m’a confié la coordination et l’animation qui s’appelle « mission sur l’exercice médical à l’hôpital ». Alors si vous êtes parmi les soudés, nous vous remercions beaucoup d’y répondre. C’est la première fois que nous faisons un sondage qui cherche à questionner les praticiens sur eux-mêmes, alors je trouve que vous avez une occasion absolument rêvée de pouvoir renforcer l’observation qui est la notre, car nous serons, avec nos partenaires sociaux, force de proposition auprès du ministre à la fin du mois de mai, enfin il faudra que nous ayons rendu notre copie au mois de juin. Nous avons fait une enquête extrêmement intéressante qui cherche à comprendre un peu comment le praticien se situe dans l’espace hôpital, et au fond comment il vit sa situation, quelles sont les attentes qu’il a et comment il se projette dans l’avenir et qu’est ce qu’il attend. Et c’est extrêmement intéressant et on commence à avoir quelques frémissements de remonter, donc on espère que ça va être assez massif et que nous allons pouvoir illustrer la donne.
Parmi les premières grandes tendances qui se dessinent ;
Un, qu’est ce qu’on nous dit ? Alors je précise parce que c’est très important, nous avons fait un questionnaire assez complexe qui mixe tous les statuts (les contractuels, les titulaires), toutes les disciplines, tous les âges (les jeunes, les milieux carrières, les fins de carrières) pour avoir quand même une appréciation de sondage suffisamment éclairer. Qu’est ce qu’on nous dit ? On nous dit, au fond, la dimension pôle, il y avait un doute sur le pôle. Le pôle d’activité nouveau crée par la loi HPST est plutôt plébiscité. Pourquoi ? Parce qu’on n’est pas dans un travail isolé, on n’est pas dans un travail de spécialiste de spécialités, on est dans une pluridisciplinarité. On est dans un monde où on partage, on est dans un monde d’échange un peu plus fort.
Deuxième élément, certains d’entre vous ont parlé de la bureaucratie administrative, je crois une praticienne tout à l’heure de la PHP a parlé un peu aussi de l’envahissement des enquêtes, etc.… A notre grosse surprise, sauf si les praticiens ont mal compris la question, c’est possible, alors qu’on s’attendait à avoir 90 % de praticiens qui nous répondent massivement, rien ne va plus, tout va mal, on est envahis par les enquêtes, on ne peut plus faire notre métier, cet élément n’apparaît pas comme quelque chose qui soit très important pour les praticiens hospitaliers à notre grande surprise. Alors on se dit peut être qu’ils ont mal compris la question.
Troisième élément que je voulais vous indiquer dans les premières tendances observées, nous voyons que ils nous disent que l’hôpital public, aussi pour moi, qu’est-ce qui le différencie du monde à côté de l’hôpital privé ? C’est que on fait les publications, participe à de la recherche, on participe à de l’innovation et ce champ là est quand même particulièrement signalé par les praticiens quelque soit leur statut. Nous avons donc des attentes exprimées, nous avons des attentes également sur le temps partagé avec, vous l’avez dit, des temps partiel qui font une activité à l’extérieur de type salarié ou de type libéral, nous avons aussi des jeunes praticiens qui nous disent que « nous on aimerait bien concilier ou mieux concilier temps personnel – temps professionnel, donc ça c’est un élément qui existe, nous avons les problématiques de garde qui sont abordées, les problématiques de permanence des soins, j’y reviendrai tout à l’heure sur les éléments donnés par Monsieur Joly mais je vais continuer un petit peu mon propos.
Donc nous avons un paysage avec des modes d’exercices dans lequel le territoire reste extrêmement dominant dans le processus d’observation, beaucoup de praticiens nous disent, au fond, nous sommes prêts à aller dans une logique de territoire mais sous certaines conditions. Voilà on aimerait bien qu’il y ait gratification, reconnaissance, valorisation dans les processus de coopération, que ce soit dans l’espace publique - publique ou que l’on soit dans l’espace publique – privé.
Alors je voulais quand même aborder une question qui n’a pas encore été soulevé mais qui est extrêmement importante dans les réflexions que nous devons mener avec les communautés et les partenaires sociaux qui vous représentent, c’est la question de la compétence, la question de la masse critique d’activité par praticiens et puis la question au fond de la spécialité parce que maintenant avec la médecine générale qui a été promue spécialité au même titre que les autres, la question est de cette notion de spécialité et parmi les espaces hospitaliers que nous voyons, on voit qu’il y a des tailles d’établissements, des structurations d’établissements différentes ; nous avons des CHU, nous avons des CHR, nous avons des centres hospitaliers, nous avons des centres hospitaliers spécialisés, nous avons des hôpitaux locaux. Et nous avons des praticiens spécialisés dans tous ses espaces, en plus ou moins grands nombres évidemment. Et l’un des questions que l’on se pose assez souvent c’est : est-ce que demain les praticiens hospitaliers, est-ce que les urgences seront ce qu’elles sont aujourd’hui ?
« Mais, au fond, où que l’on soit, un même spécialiste doit avoir quand même un critère de même compétence »
Est-ce que l’accueil se produira de la même manière ? Comment les activités médicales vont évoluer dans le champ de l’espace de l’hôpital public ? Est-ce qu’on sera généraliste dans une spécialité tout en étant spécialiste ? Est-ce qu’on sera hyper-spécialiste dans certaines tailles d’établissement dans sa spécialité ? On voit bien qu’il y a des déclinaisons à l’intérieur des groupes professionnels, et nous, il y en a certaines qui viennent nous dire « moi, je suis spécialiste l’intérieur de la discipline chirurgie dans telle spécialité chirurgicale ». Il est spécialiste par exemple chirurgie de la main donc toutes ces questions, si vous voulez, seront à se poser avec la réorganisation et le dispositif de l’offre de soin. Donc bien entendu il faudra répondre à des réglementations qui existent mais il faudra répondre aussi à la demande et aux besoins de la population dans laquelle les praticiens exercent en fonction à la fois de la demande locale, des besoins locaux exprimés, mais également de la taille des établissements.
Mais, au fond, où que l’on soit, un même spécialiste doit avoir quand même un critère de même compétence. Et donc cette question, certains ont évoqués le DPC tout à l’heure, c’est un point majeur, l’évaluation des pratiques professionnelles, le développement professionnel continu seront des éléments extrêmement moteur pour arriver à maintenir cette compétence, je dirai d’ailleurs pour les praticiens comme pour les managers hospitaliers, comme pour l’ensemble de la communauté hospitalière.
Quatrième élément que je voulais signaler, c’est la rémunération parce que, au fond, on a tourné autour du statut. Alors l’intime conviction qui est la mienne sur ces statuts, alors évidemment on peut tout mettre par terre et on peut recommencer à zéro, le monde est fait d’éternels recommencements et d’une histoire qui au fond se transforme et se répète. Alors mon observation c’est que certains ont parlé de conventions collectives. La convention collective, son espace c’est le secteur privé. Pour être dans un espace de convention collective, il faut qu’on soit dans un établissement de type statut privé. La convention collective elle s’insère dans ses milieux professionnels, l’hôpital est aujourd’hui un hôpital public de service public. Il a donc dans cet espace là un statut. Après le statut vous avez l’avantage, je dirai préservez-le, d’avoir un statut spécifique praticien hospitalier qui ne ressemble à aucun autre. Ce qui a permis que, au fil des ans et au fil des histoires, je veux dire le socle du statut, après son contenu est un contenu qui peut évoluer indéfiniment, je vais essayer de donner quelques pistes de réflexion, ce sera peut être objet de débat dans la salle.
Alors ce statut aujourd’hui, il y a un mythe du statut unique. Mais on l’a vu, ça a été particulièrement bine rapporté tout à l’heure, il y a une kyrielle de régime indemnitaire et au fond quand je regarde et quand je fais les études, qui sont d’ailleurs utilement à votre disposition sur le site Internet de CNG, nous avons fait un petit travail de curiosité qui nous était demandé sur la permanence des soins à l’hôpital et au fond qu’elle était le revenu produit par l’effet des gardes et astreintes à l’hôpital. Et comme l’a dit Bertrand Joly tout à l’heure, il y a de grande différenciation parce que selon le statut dans lequel vous êtes, on ne parle pas et on ne compare pas les choses de la même manière. Alors à titre d’exemple, nous avons vu que le poids dans la rémunération, d’abord les rémunérations sont variables, car quand vous les prenez elles s’échelonnent entre 77 000 et 127 000 ou 123 000 euros bruts par an selon les spécialités, que le poids de la garde selon les grandes disciplines ou spécialités, n’est pas du tout le même il peut être de 7 % dans certains revenus de certaines spécialités ou de certains statuts, il peut aller jusqu’à 40 % du revenus dans d’autres statuts. Je pense notamment au chef de clinique assistant des hôpitaux.
Pourquoi ? Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas la même quantité de temps de travail et bien Bertrand Joly au fond vous avez tous les deux raisons et je vais être m’arbitre du milieu c'est-à-dire que les praticiens hospitaliers, notamment les chefs de clinique, ils ont une obligation hebdomadaire statutaire de 11 demi-journées. Toutes les gardes qu’ils font, ils les font en dehors du temps de travail. Donc ils ont une rémunération qui est effectivement supérieure au temps de travail car elle est fait en dehors du temps de travail. Les praticiens hospitaliers qu’ils soient titulaires ou contractuels, ont une partie de leur garde prise en compte dans leur temps de travail. Et donc on compense, pour les chefs de clinique, la rémunération qui est prise en compte dans la rémunération des praticiens avec le système de garde. Donc la position qu’exprimait Bertrand Joly, je le confirme, est bien une vérité parce que nous avons des chefs de clinique qui aujourd’hui sont praticiens hospitaliers, début de carrière et qui par l’effet justement d’un même volume de gardes, vont se trouver à avoir une baisse de revenus, bien qu’ils aient un statut qui est plus fortifié en quelque sorte et plus expérimenté du fait de ces mécanismes. Donc il faudra probablement rapprocher des mécanismes de comparaison entre les statuts des uns et des autres.
« Le mythe du statut unique, au fond, on croit que tout le monde est payé de la même manière. Il n’en est strictement rien »
La rémunération, je vais en dire un tout petit mot, le mythe du statut unique, au fond, on croit que tout le monde est payé de la même manière. Il n’en est strictement rien. Et quand vous avez des astreintes, vous n’êtes pas payés la même chose que les gardes c’est normal, ce n’est pas la même obligation mais il y a un socle de base. Et à partir de là, tout est possible, tout est possible, et là je dirai c’est l’espace concertation – négociation qui est ouvert. Alors il y a plusieurs modèles qui ont cours dans les systèmes publics, dans les systèmes privés. A titre illustratif, puisque l’on parlait tout à l’heure de la similation au système du service public, il est intéressant de voir que rien n’interdira l’intérieur du statut aujourd’hui tel qu’il est, de n’avoir pas une rémunération principale qui se déroule de manière mécanique, le système est mécanique, absolument, le système est mécanique, il se déroule, vous avez tant d’ancienneté, vous évoluez d’échelon de manière automatique que vous soyez d’ailleurs bon ou moins bon.
Donc le système n’est pas très incitatif pour effectivement reconnaître l’engagement ou la performance des acteurs. Alors il y a des mécanismes nouveaux qui peuvent être mis en place, du type rémunération fixe pour une partie, qui serait le socle un peu commun dans le dispositif, et éventuellement des éléments variables. A titre d’exemple, simplement dans les débats, il est inventé ou en cours d’être inventé, pour les directeurs d’hôpital ou les directeurs d’établissements sociaux et médicaux-sociaux et dans les systèmes de fonction publique, ce qu’on appelle la prime de fonction et de résultat. Donc vous avez une rémunération principale qui est la part fixe de la rémunération et puis vous avez un régime indemnitaire qui est décomposé en deux parties : une part fonction qui gratifie et reconnaît en quelque sorte une cotation de l’importance du métier exercé, responsabilité, engagement de type valence, de type engagement institutionnel, de type responsabilité, de type pénibilité qui sont considérés dans cette valorisation métier puis vous avez un complément de prime dit résultat sur objectif à partir des objectifs qui sont assignés à la personne, qui sont des objectifs qui sont souvent quantitatifs et qualitatifs.
Alors ce que je voulais dire enfin, puisque je n’ai plus qu’une minute, le changement de métier dans une carrière. Il faut savoir qu’aujourd’hui certains de vos collègues peu nombreux il est vrai, nous demandent des trajectoires différenciés de carrières parce qu’ils ont exercé le métier, ils s’interrogent à un moment du parcours de leur carrière. La très grande majorité veut rester dans le métier qui est leur métier de formation de base, qui est leur métier pour lequel ils ont enrichi leur connaissance, d’autres effectivement veulent évoluer dans d’autres univers. Soit éventuellement à partir de leur cœur de métier, changer de spécialité à l’intérieur de la même spécialité, on a sept disciplines concernées, soit éventuellement de changer parfois de discipline, c’est un parcours un peu du combattant aujourd’hui parce que les systèmes donc ne sont pas totalement adaptés à ces changements radicaux de trajectoires, d’autres souhaitent explorer d’autres secteurs d’activité, du type être détaché dans des ARS, faire des fonctions dans la fonction publique territoriale, voire même dans le privé à but non lucratif, ces dispositifs existent et ils peuvent être légitimement confortés.
Tout dernier point que je voulais dire, la discipline ce n’est quand même pas massif, sur 43 000 praticiens gérés par le statut, nous avons eu quatre situations de disciplines en 2010, nous avons eu une situation en insuffisance professionnelle. Le dispositif, on me demandait : « est-ce que le CNG va se transformer en pôle emploi ? » C’est une petite question. Ecoutez, avec 0,2 % de personnes concernées aujourd’hui, je ne crois que nous soyons dans des basculements aussi considérables, nous avons aujourd’hui 111 professionnels en recherche d’affectation, donc rattachés administrativement et financièrement au CNG dont la moitié sont des directeurs et proportionnellement le poids des directeurs est beaucoup plus important que celui des praticiens hospitaliers. Il est dix fois plus important en recherche d’affectation. Et les professionnels qui sont hors recherche d’affectation, vous avez certains de vos collègues qui restent dans leur milieu professionnel mais qui, pour des raisons locales, pour des raisons parfois personnelles, se sont trouvés parfois un peu « borderline », un peu en difficulté, un peu en incertitude, ils n’ont pas toujours compris le positionnement dans la gouvernance, donc nous les accompagnons sur des systèmes de coaching, d’émission, beaucoup rebondissent, je vous le dis, on en a sorti beaucoup cette année, de très bonne manière, et je crois que effectivement nous avons fortifier leur exercice.
Donc je suis là aussi pour répondre aux questions que vous souhaitez, je crois que redonner du sens, c’est un des messages que j’ai passé avec Michel Yahiel dans le rapport sur la modernisation de la politique des établissements publics, redonner du sens, faire le pari de l’autonomie des établissements et essayer d’outiller et d’accompagner les établissements et les professionnels. Voilà notre métier. ».
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